I) Quelle est l’évolution des Français en matière d’attentisme, de collaboration et de résistance entre 1942 et
1944 ?
A la suite de la capitulation française et de l’armistice signée à Rethondes le 22 juin 1940, le Régime
de Vichy est mis en place en France, avec à sa tête le maréchal Pétain. Celui-ci prône la « Collaboration » avec l’Allemagne dans l’espoir d’obtenir des contreparties (comme par
exemple le retour de prisonniers de guerre) et pour faire de la France le partenaire privilégié d’Adolf Hitler dans l’Europe nazie en cas de victoire allemande définitive. Certains intellectuels
suivent le Maréchal Pétain : on les appelle les collaborationnistes. A partir de ce moment, les Français vont devoir faire un choix : résister à l’occupant et suivre l’appel du Général
de Gaulle du 18 juin 1940, ou suivre la décision du Régime de Vichy et collaborer avec l’Allemagne. Devant l’ampleur d’un tel choix, des milliers de personnes préférent se ranger du côté de
l’attentisme, c’est-à-dire remettre à plus tard leur décision en attendant que la situation se précise. Mais dès 1942, tout s’accélère, et les Français ne peuvent retarder leur choix.
En 1942, plusieurs événements font évoluer le comportement des Français. L’un des plus importants est
sans doute la mise en place du STO (Service du travail obligatoire) en septembre. De très nombreux jeunes gens convoqués refusent de partir travailler en Allemagne et les réfractaires préfèrent
se cacher, ou alors rejoindre les maquis de la Résistance pour échapper au STO. En novembre de cette même année, l’invasion de la zone sud de la France par la Wehrmacht (alors que c’était une
zone dite « libre »), discrédite le Régime de Vichy aux yeux de nombreux Français, celui-ci étant incapable de s’y opposer. Le mythe d’un « Vichy-bouclier » est anéanti, on
comprend qu’Hitler n’est nullement disposé à faire des concessions à un pays qu’il a vaincu. Ceux qui prônaient la prudence et l’attentisme commencent à se poser des questions et la confiance
envers le Régime de Vichy n’est plus infaillible. De plus en plus de gens se tournent vers la Résistance « passive » (écouter la BBC en cachette, par exemple), ou « active »
(attentats, sabotages…). La Rafle du Vèl’d’Hiv du 16 juillet, organisée par les polices allemandes et françaises a également pu décider des Français à rejoindre la Résistance pour protester
contre la répression et les mesures antisémites.
En 1943, l’espoir d’une victoire alliée fait encore une fois évoluer la mentalité des Français. En
effet, en février, la capitulation de l’armée allemande à Stalingrad fait s’effondrer le mythe de l’invincibilité de la Wehrmacht et de la victoire définitive du Reich hitlérien auquel le Régime
de Vichy avait adhéré, et en juin, les Américains réussissent à bloquer l’expansion japonaise lors de la bataille de Midway.
Enfin en 1944, les groupements armés issus des différents mouvements de Résistance sont unifiés au sein
des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Ils participeront activement avec les FTP (Francs-tireurs et partisans) à la préparation du débarquement du 6 juin et contribueront à la libération de
la France.
De plus, depuis 1940,des Français ont rejoint De Gaulle en Angleterre pour constituer les Forces Françaises Libres
(FFL).
Entre 1942 et 1944 les Français évoluent donc : l’attentisme est peu à peu remplacé par la
Résistance pour une partie de la population et selon des raisons variées : refus de la défaite et de l’occupation allemande, refus ou déception du Régime de Vichy et de la collaboration,
refus de l’antisémitisme, volonté de combattre pour libérer la France. Néanmoins la collaboration et la résistance active ne représentent qu’une petite partie de la population française et la
plupart des gens préférent rester dans l’attentisme, par craintes de représailles…
II) Quelle était la spécificité des FTP-MOI dans le mouvement de la Résistance ?
La MOI (Main d’œuvre-immigrée) est créée en 1924. C’est tout d’abord une organisation syndicale qui a
pour fonction d’assurer l’encadrement des militants communistes étrangers venant d’arriver en France et de favoriser leur intégration. Mais en 1939, la MOI et d’autres organisations similaires
sont interdites par le gouvernement français. Elle est alors réorganisée et de nouveau active clandestinement dès 1941. La MOI intègre cette même année les FTP (Francs tireurs et Partisans) et
le FTP-MOI devient un des plus importants groupes de résistance.
Son but était de faire le plus de mal possible à l’ennemi et frapper l’opinion publique. Très actifs et
déterminés (notamment parce qu’en tant qu’étrangers, et Juifs pour beaucoup, ils étaient directement visés par le Régime de Vichy), les membres des FTP-MOI s’occupaient de la guérilla urbaine dès
le début 1942, intensifiant la lutte armée après la Rafle du Vèl d’Hiv. Leurs bataillons ont mené des milliers d’actions : déraillements de trains, poses de bombes dans des officines
de collaborateurs et de soldats allemands, lancers de grenades, vols d’armes, d’argent et d’explosifs, distributions de tracts. Le FTP-MOI tente également d’inciter la communauté juive à
l’auto-défense et au refus de la passivité face aux rafles. L’action qui eut le plus de retentissement fut l’assassinat en 1943 du général SS Julius Ritter, responsable du STO par le groupe
FTP-MOI commandé par Missak Manouchian, à Paris.
III) Le portrait historique de Thomas Elek.
Thomas Elek naît en Hongrie le 7 décembre 1924 à Budapest dans une famille d’intellectuels communistes.
Ses parents décident d’émigrer en France en 1930, pour que lui et ses frères et sœurs puissent bénéficier d’une culture française. Installée à Paris, Hélène, la mère de Thomas, devient
restauratrice.
En juin 1941, Thomas abandonne ses études au lycée Louis-le-Grand pour s’engager à 16 ans dans l’action
clandestine. Il rejoint alors un groupe d’étudiants de la Sorbonne et confectionne et distribue de nombreux tracts. En août 1942, Thomas s’engage chez les FTP en tant que sympathisant des
jeunesses communistes et commence la lutte armée. Le 9 novembre de cette même année, il commet son premier attentat, seul, avec un livre piégé dans une librairie allemande. Son attitude
courageuse lui vaut de monter en grade et il est nommé chef de groupe au sein du 4e Détachement des FTP-MOI de la région parisienne, qui est un détachement de dérailleurs commandé par
Joseph Boczov. Thomas participe ainsi à de très nombreux déraillements qui causent la mort de plusieurs centaines de soldats allemands.
Arrêté et torturé par les Brigades spéciales de Renseignements généraux (police française), il est livré
aux Allemands et incarcéré à la prison de Fresnes comme ses camarades de combat, en novembre 1943. Tous sont condamnés à mort le 18 Février 1944 à l’issue d’un simulacre de procès et sont
fusillés trois jours plus tard au Mont Valérien. Le nom de Thomas Elek est un des dix qui figurent sur « L’Affiche Rouge ».
IV) Les sources utilisées par l’auteur pour écrire son roman selon qu’elles concernent la mémoire ou
l’histoire.
On peut classer les sources utilisées par Alain Blottière selon deux catégories : la mémoire et
l’histoire. Pour les sources concernant la mémoire, il s’agit surtout de témoignages, de récits et de faits historiques que racontent des personnes pour que l’on se souvienne de ce qu’elles ont
vécu ou fait. Pour les sources concernant l’histoire, il s’agit surtout de documentaires, de livres et de manuels rédigés par des historiens et dans lesquels où, au contraire des sources
concernant la mémoire, les faits sont exposés avec une certaine objectivité. Je peux donc dire que les sources concernant la mémoire sont : La mémoire d’Hélène, de Hélène
Elek ; Testament de Boris Holban ; Un franc-tireur juif raconte de Abraham Lissner ; Les Murs de Fresnes de Henri Calet. Et les sources concernant
l’histoire sont : Le sang de l’étranger et Les immigrés de la MOI dans la Résistance de S. Courtois, D. Petschanski et A. Rayski ; L’affiche Rouge de Adam
Rayski ; La Résistance en Île-de-France (DVD) ; Combattants, héros et martyrs de la Résistance de David Diamant ; Pages de gloire des vingt-trois du
FFI-FTPF ; Les RG sous l’Occupation de Frédéric Couderc ; Les jeunes et la Résistance de Laurence Thibault ; Fresnes dans la tourmente de F. Wasserman,
J. Spire et H. Israël.
La source principale du livre est le témoignage La mémoire d’Hélène. En effet, il a été écrit
par la mère de Thomas Elek, qui a survécu à la guerre. C’est donc le témoignage d’un proche direct de Thomas. Utiliser ce livre permet de ne pas créer le personnage de Tommy « de toutes
pièces », mais d’utiliser des détails et des traits de caractère qu’il avait réellement ; cela rend donc le livre plus authentique : le personnage n’est pas une fiction. De plus,
le narrateur de l’histoire fait de nombreuses références au témoignage d’Hélène : « On peut la lire dans La mémoire d’Hélène » (page 13), « Il était gêné, écrit
Hélène, qu’une femme le voit nu. » (page 111)... Ainsi l’auteur montre l’importance qu’a pour lui ce témoignage, qui a été sa référence la plus importante pour le personnage de
Thomas.
V) Quelle est la signification du titre ?
Le titre Le tombeau de Tommy peut s’expliquer de plusieurs manières différentes. Tout d’abord
nous pouvons remarquer que ce groupe nominal contient une allitération en « t ». De plus, les mots « tombeau » et « Tommy » commencent par les mêmes trois premières
lettres. Il y a donc un écho entre ces deux mots qui sont ainsi intimement liés.
Un tombeau est une sépulture, un lieu où l’on enterre les morts. Le Tombeau de Tommy peut donc
nous faire penser au long cheminement de Thomas jusqu’à sa mort, jusqu’à sa tombe. Ce titre a une dimension tragique : le lecteur sait dès le début que le héros est condamné et il
l’accompagne tout au long du livre, de son enfance à son exécution. D’ailleurs, un lieu peut nous faire penser à un tombeau : la chambre que Thomas avait loué peu de temps avant de se faire
arrêter et qui était « sa dernière cache, son dernier confort » (page 132) et où le réalisateur et Gabriel vont en quelque sorte se recueillir au cours du tournage ; lieu qui est
appelé « tombeau » plusieurs fois…
Le Tombeau de Tommy peut aussi évoquer une certaine forme de silence. En effet, on ne saura
jamais avec certitude ce que Thomas a pu vivre lors de son emprisonnement et de ses interrogations. Mais le mot « tombeau » peut également être pris au sens littéraire du terme,
c’est-à-dire en tant qu’hommage rendu à Thomas pour qu’il passe à la postérité. Le réalisateur du film qui est le narrateur déclare : « Cela faisait des mois que je vivais avec
lui » (page 24) et « Tommy me rappelait précisément Louis, mon frère, qui avait décidé l’heure de sa mort » (page 24) ; l’acteur Gabriel se laisse complètement envahir
par son personnage : « Et souvent, lorsqu’il parlait, même entre les prises, c’était avec la voix de Tommy » (page 73). Ils veulent donc tourner un film-hommage en l’honneur de
Thomas, un véritable tombeau, car ils sont hantés par le personnage.
Enfin, on peut parler de tombeau, car avec le film dans lequel il a incarné Tommy, Gabriel suit son
cheminement et quitte son adolescence pour devenir un adulte. On peut dire qu’il « enterre » son enfance.
Le Tombeau de Tommy offre ainsi une multitude de significations possibles, mais dont la plus
importante est sans doute celle du « tombeau littéraire ».
VI) Quelles sont les caractéristiques psychologiques de Thomas Elek ?
D’après le roman, Thomas Elek est un personnage riche en traits de caractère variés.
Dès son enfance, c’est déjà un garçon téméraire et imprudent : il veut cracher dans le plat que sa
mère prépare aux soldats allemands : « Je peux cracher dans le lapin ? « (page 16). Il refuse de se laisser faire par l’occupant et le montre clairement. Plus tard dans le
roman, on apprend qu’après un attentat, il est parti à la piscine malgré le risque de se faire arrêter : « Oui, juste après avoir tué quelques soldats allemands, il est allé se plonger
dans l’eau fraîche et chlorée. » (page 68). De plus, Thomas est provocateur et insolent car il n’hésite pas à parler de son opinion politique en public : « Je le crierai jusqu’à ce
qu’il crève, Pétain… » (Page 36) et « Il ne porta jamais l’étoile jaune. […] Il décida plutôt de la brandir, cousue sur une muleta, devant les cornes du taureau. » (Page 44). En
découle un caractère un peu orgueilleux : «N’avait-il pas hérité de sa mère son caractère orgueilleux, aristocrate versant facilement dans un certain mépris ?» (Page 22) et « Outre
sa beauté, j’admirais sa dureté, son orgueil, son extrême exigence qui ne souffrait aucun compromis » (Page 24). Ensuite, Thomas possède un grand courage pour s’engager dès 16 ans dans la
Résistance, et malgré les risques : « Il avait l’âge le plus naturel à la témérité […] mais il fallait aussi une insolence et une implacable volonté d’affronter le mal. » (Page 44)
et il savait parfaitement qu’il risquait de mourir : « C’est-à-dire que tu obéis, que tu souffres, et que probablement tu meurs/Va pour la tragédie, dit Tommy. » (Page 52). De
plus, Thomas commet son premier attentat seul : « La première action reconnue de Tommy est celle qu’il prépara seul, sans en référer à quiconque. » (Page 58).
Mais Tommy est également quelqu’un de très aimant, et qui a besoin de beaucoup de tendresse :
« Tu sais que tu es la plus belle du monde ? » (Page 106). Il entretient un lien particulier avec sa mère qu’il adore : « Il posa sa tête contre son épaule […] Hélène lui
caressa les cheveux » (Page 86). Enfin, il a toujours essayé de combattre sa peur et ses faiblesses : « Je ne peux te garantir que je ne parlerai pas. Je ne sais pas si je
supporterai la torture. » (Page 156) et « Je ne suis pas sûr de tenir longtemps. » (Page 159).
Thomas est donc un personnage très complexe qui, malgré sa détermination et son courage, est aussi un
adolescent comme un autre dans la tourmente de la guerre…
VII) Quels liens se mettent progressivement en place entre Tommy et Gabriel ?
Dès le début du roman, le narrateur nous informe qu’un lien étrange va se mettre en place entre Gabriel
et Tommy : « J’ai choisi Gabriel, sans savoir vraiment qu’il deviendrait Tommy. » (Page 28). Gabriel va au cours du tournage devenir progressivement dépendant de Tommy, jusqu’à une
identification complète.
Au début, Gabriel cherche simplement à interpréter au plus juste son personnage : « Gabriel
disait les mots qu’il avait appris […] puis au fur et à mesure que l’univers de Tommy lui devenait familier, j’ai senti peu à peu […] que les deux personnages pourraient se rencontrer. »
(Page 30). Mais ensuite l’acteur change progressivement et commence vraiment à ressembler à son personnage : « Je me souviens d’avoir été impressionné […] en découvrant combien Tommy
l’avait pénétré. » (Page 35). Puis Gabriel commence à souffrir et devient lunatique et solitaire : « Il demeurait à l’écart des autres acteurs […] Gabriel devenait
ombrageux. » (Page 47). S’ensuivent des mises en garde adressées au réalisateur : « Prends garde, cet enfant est le feu : la lumière et la brûlure à la fois » (Page
61) ; mais celui-ci ne veut rien entendre, même s’il commence à avoir peur pour Gabriel. Enfin, Gabriel se retrouve complètement habité par son personnage : « Lorsqu’il parlait,
c’était avec la voix de Tommy. » (Page 73) et commence à échapper à tout contrôle.
L’épisode de la fuite de Gabriel dans la chambre de Tommy accentue encore l’identification de celui-ci à
son personnage et cela confirme cette pensée du réalisateur : « J’ai pensé avec effroi que Gabriel lui aussi pouvait mourir. » (Page 97). A partir de ce moment, celui-ci ne fait
plus aucune distinction entre les deux jeunes gens : « Gabriel ne vint pas au rendez-vous que le soldat perdu de l’armée du crime avait fixé à Marcel » (Page 125). Et nous
retrouvons plus loin un paradoxe : « Depuis quand Tommy habitait-il la chambre de Gabriel ? » (Page 125), devenant à la page suivante : « Depuis quand Gabriel
habitait-il la chambre de Tommy ? » (Page 129).
Ainsi Gabriel est entièrement devenu Tommy et l’on a l’impression en lisant le livre que Gabriel s’est
fait posséder par le fantôme de Tommy car « il l’entendait » (Page 38) et ressent ses souffrances lorsqu’il tourne la scène de l’interrogatoire : « Je ne m’attendais pas aux
larmes, jaillissant après quelques secondes alors que l’interrogateur avait repris son texte. » (Page 147). Puis peu à peu, Gabriel réussit à se séparer de son personnage, mais ce n’est pas
sans séquelles : « Gabriel, détaché de Tommy, n’était plus le même, comme si la flamme avait été soufflée. » (Page 173) et « Il demeurait seul dans ce petit espace habité par
le fantôme et s’y laissait aller » (Page 179). Et à la fin du tournage, Gabriel, trop marqué par son expérience, n’a plus le goût de vivre : « Les deux garçons se rencontraient
dans les ténèbres d’où la mort venait. Je les ai laissés seuls. » (Page 215).
Gabriel s’est donc retrouvé prisonnier de son rôle, au point de ne plus pouvoir en sortir. Envahi par
Tommy, il est pris au piège de la symbiose avec son personnage et ne pourra plus jamais retrouver entièrement sa véritable identité…
VIII) Comment s’articulent le récit du tournage et le récit historique ?
Le récit du tournage et le récit historique se complètent dans le livre. Le plus souvent, ils
s’articulent autour d’une scène du film qui leur sert de « point de ralliement ». Ils sont dépendants les uns des autres.
Par exemple, à la page 88, nous avons une scène du film sur Tommy (en italique) qui raconte une action
de Résistance de son groupe : le déraillement d’un train. Puis s’ensuit un paragraphe qui explique les circonstances de l’attentat d’un point de vue historique avec dates, lieux et
personnages de cette action. Et en fin le paragraphe suivant montre les difficultés du réalisateur à tourner la scène, c’est le récit du tournage, avec des descriptions du jeu des acteurs et
surtout de l’attitude de Gabriel. Après nous trouvons une nouvelle scène du film en italique et tout recommence.
Tout coïncide donc avec les extraits du film insérés dans le roman. Il en découle une explication
historique sur les circonstances de la scène, puis quelques moments-clés du tournage. Et ce schéma (scène du film, récit historique, récit du tournage, scène du film, etc…) se répète tout au long
du livre.
IX) Quel est l’apport du roman à la mémoire ?
Le Tombeau de Tommy est un immense apport à la mémoire. Il permet de faire passer Thomas Elek et son groupe de Résistance à la postérité (s’ils ne le sont
pas déjà).
Tout d’abord ce livre est une fiction, ce qui peut pousser plus de gens à le lire alors qu’un livre ou
documentaire historique touche un public plus restreint. Là, les adolescents lisant ce roman peuvent s’identifier au personnage de Gabriel, donc en quelque sorte au personnage de Tommy. Cela peut
leur donner envie d’en savoir plus. Dans ce cas-là, le lecteur peut consulter d’autres documents, sur l’Internet par exemple.
Le site d’Alain Blottière est l’illustration du roman. Il nous fait découvrir de nombreuses images
d’archives sur les lieux et personnages de l’histoire du groupe de Résistance Manouchian. Il approfondit donc le travail sur la mémoire commencé par le livre : en voyant les photos réelles
illustrant le récit, on se souvient plus facilement de l’histoire. Ce qui frappe le plus est la vidéo qui nous montre le chemin du condamné jusqu’au poteau d’exécution : on a l’impression
d’être Thomas sur le point d’être fusillé.
Le Tombeau de Tommy est donc un véritable hommage à Thomas Elek. Il le fait revivre aux yeux des lecteurs, qui émus par son histoire et la singulière
identification de Gabriel à son personnage, ne pourront plus jamais l’oublier. Ce livre est une commémoration à la mémoire de ce jeune résistant, sans doute plus efficace qu’un livre d’histoire.
Mais en même temps, ce livre est une fiction et il ne respecte pas la stricte vérité. En espérant que, comme le dit Gabriel, Tommy « aimerait ton film, il saurait bien que l’essentiel
ne peut être montré au cinéma, il te pardonnerait, il t’aimerait autant que moi… » (page 180).
Rachel